L’Art de prendre Soin de Soi

L’art de prendre soin de soi quand on prend soin des autres
par France-Hélène, Enseignante et Fondatrice Art-Massage
Il est facile de parler de bien-être.
Il est plus difficile de reconnaître que, certaines journées, prendre soin de soi ressemble à une tâche supplémentaire. Il faudrait mieux dormir, mieux manger, méditer, bouger, respirer, écrire, ralentir… et réussir tout cela avec sérénité.
Le paradoxe est cruel : ce qui devait nous aider à relâcher devient parfois une nouvelle manière de nous demander davantage.
Cette réalité touche particulièrement les personnes qui travaillent dans les métiers d’accompagnement. Lorsque l’on écoute, accueille, masse ou soutient les autres toute la journée, ses propres besoins peuvent finir par passer silencieusement à l’arrière-plan.
Prendre soin de soi ne consiste pourtant pas à exécuter une routine parfaite. Cela commence souvent par quelque chose de beaucoup plus simple : reconnaître honnêtement ce dont on a besoin aujourd’hui.
Réponse rapide : prendre soin de soi consiste à poser régulièrement des gestes qui soutiennent notre santé, notre repos, notre équilibre émotionnel et notre capacité à rester en relation avec les autres. Les rituels les plus utiles ne sont pas nécessairement les plus élaborés. Ils sont réalistes, adaptés à la personne et suffisamment souples pour ne pas devenir une nouvelle obligation.
Prendre soin de soi commence par écouter avant d’ajouter
Lorsqu’une période devient éprouvante, notre premier réflexe consiste souvent à chercher une nouvelle solution.
Une application de méditation. Un programme d’exercices. Une routine matinale. Un complément alimentaire. Une nouvelle méthode d’organisation.
Pourtant, le soin de soi ne commence pas toujours par quelque chose à ajouter. Il peut commencer par une question :
Qu’est-ce qui me manque réellement en ce moment?
La réponse n’est pas nécessairement spectaculaire. Il peut s’agir de sommeil, de silence, d’un repas pris sans se presser, d’une conversation honnête, d’un rendez-vous médical repoussé depuis trop longtemps ou simplement d’une heure sans devoir répondre aux demandes des autres.
L’Organisation mondiale de la Santé donne au soin de soi une définition beaucoup plus large que les images de détente auxquelles il est souvent associé. Il comprend notamment la capacité de préserver sa santé, de prévenir certaines difficultés et de faire face à la maladie, avec ou sans l’aide d’un professionnel. Le soin de soi n’exclut donc pas l’accompagnement. Il comprend aussi le fait de savoir quand demander de l’aide.
Cette nuance est essentielle.
Prendre soin de soi ne signifie pas devoir tout résoudre seul. Cela ne consiste pas davantage à demeurer calme en toutes circonstances. Certaines périodes demandent du repos. D’autres demandent une décision, une limite ou une consultation.
L’écoute de soi devient alors moins confortable, mais plus authentique. Elle ne cherche pas seulement ce qui apaise immédiatement. Elle tente de reconnaître ce qui soutient réellement la personne dans la durée.
Un rituel utile doit pouvoir entrer dans une vraie journée
Un rituel de bien-être n’a pas besoin d’être impressionnant.
Il doit surtout être habitable.
Une routine idéale qui exige quarante-cinq minutes de calme chaque matin ne sera pas nécessairement adaptée à une personne qui se lève tôt, prépare sa famille ou commence sa journée avec des responsabilités immédiates. Si cette routine est impossible à maintenir, elle risque d’engendrer davantage de culpabilité que de bien-être.
Un rituel réaliste peut durer deux minutes.
Il peut prendre la forme d’un verre d’eau bu tranquillement parce que l’on ressent la soif, de quelques mouvements doux après une longue période assise ou d’un instant passé à regarder dehors avant d’ouvrir ses messages.
Ce qui compte n’est pas la grandeur du geste, mais sa fonction.
Certains rituels nous aident à entrer dans la journée. D’autres créent une transition entre deux activités. D’autres encore indiquent au corps que le temps du travail est terminé.
Pour un massothérapeute, cette transition peut être particulièrement importante. Entre deux clients, quelques instants peuvent permettre de relâcher les mains, de changer de posture, de respirer sans diriger la respiration et de revenir à son propre corps avant d’accueillir une nouvelle personne.
En fin de journée, ranger l’espace de travail, se laver les mains avec attention ou changer de vêtements peut devenir une manière symbolique de ne pas emporter toutes les séances avec soi.
Le rituel n’agit pas comme une formule magique. Il crée un repère.
Répété avec souplesse, ce repère peut aider à marquer le passage entre le temps donné aux autres et le temps où l’on redevient simplement disponible à soi-même.
Le corps a davantage besoin de régularité que de perfection
Les besoins fondamentaux du corps paraissent simples : dormir, manger, boire, bouger, respirer et récupérer.
Dans la réalité, ils sont souvent les premiers à être perturbés lorsque le rythme s’accélère.
On saute un repas parce qu’une séance a débordé. On reste immobile longtemps devant un écran. On repousse l’heure du coucher pour retrouver enfin un peu de temps personnel. On ignore la fatigue jusqu’au moment où elle devient impossible à contourner.
Prendre soin de soi consiste parfois à redonner une place à ces besoins ordinaires, sans chercher à les transformer en programme de performance.
Retrouver une relation plus simple à l’alimentation
Il n’est pas nécessaire d’adopter un régime strict pour commencer à mieux soutenir son corps. Des repas suffisamment réguliers, variés et adaptés aux besoins de la personne constituent déjà une base importante.
Le Guide alimentaire canadien encourage notamment à porter attention à ses habitudes alimentaires, à prendre le temps de manger et à reconnaître les sensations liées à la faim et à la satiété. Cette écoute ne demande pas une maîtrise parfaite. La fatigue, le stress, les contraintes économiques, la santé et l’organisation familiale influencent aussi notre manière de manger.
L’objectif n’est donc pas de contrôler chaque choix alimentaire. Il est de rendre possible une alimentation suffisamment nourrissante et réaliste.
Protéger le sommeil sans chercher à le commander
Le sommeil ne répond pas toujours à la volonté.
On peut créer des conditions qui le favorisent, mais on ne peut pas exiger du corps qu’il s’endorme immédiatement. Une certaine régularité dans les heures de coucher et de lever, une chambre confortable et une diminution progressive des stimulations en soirée peuvent soutenir le sommeil, sans garantir à elles seules une nuit parfaite.
Les écrans ne doivent pas nécessairement devenir un nouvel interdit culpabilisant. Il peut être plus réaliste de réduire les activités numériques les plus stimulantes ou de créer une courte transition avant le coucher.
Lorsque les difficultés de sommeil deviennent persistantes, qu’une fatigue importante demeure malgré des nuits apparemment suffisantes ou que d’autres symptômes apparaissent, le soin de soi consiste aussi à consulter plutôt qu’à multiplier les astuces.
Bouger pour se retrouver, pas pour se corriger
Le mouvement quotidien ne doit pas toujours prendre la forme d’un entraînement.
Marcher, changer régulièrement de position, mobiliser doucement les épaules ou sortir quelques minutes peut aider certaines personnes à retrouver des sensations plus vivantes après une longue période d’immobilité.
Pour le praticien, bouger permet également de ne pas figer son corps dans les postures répétées du métier. Il ne s’agit pas de compenser chaque séance par une routine parfaite, mais de maintenir une relation active avec ses appuis, sa respiration et ses zones de fatigue.
Le corps n’a pas besoin d’être surveillé en permanence. Il a besoin d’être entendu assez tôt pour ne pas devoir crier.
Prendre soin de soi signifie parfois poser une limite
Le soin de soi est souvent représenté comme un moment agréable : un bain, une promenade, une lecture ou un massage.
Ces moments peuvent être précieux. Mais certaines formes de soin sont moins séduisantes.
Dire non à une demande supplémentaire. Refuser un horaire qui ne permet plus de récupérer. Reporter une activité. Demander que les responsabilités soient mieux réparties. Reconnaître qu’une relation épuise davantage qu’elle ne soutient.
Poser une limite ne signifie pas rejeter les autres.
Cela signifie reconnaître que notre disponibilité n’est pas infinie.
Dans les métiers de l’accompagnement, la confusion peut s’installer facilement. Le désir d’aider devient parfois une obligation intérieure. Le praticien accepte un client supplémentaire malgré sa fatigue, répond en dehors de ses heures ou se sent responsable du bien-être émotionnel de toutes les personnes qu’il reçoit.
Cette générosité apparente peut progressivement fragiliser la qualité du travail.
Un praticien épuisé conserve peut-être sa technique, mais il devient plus difficile pour lui de rester attentif, patient et ajusté. Prendre soin de soi protège donc également la relation professionnelle.
Les relations personnelles jouent elles aussi un rôle important. Il ne s’agit pas de s’entourer uniquement de personnes « positives » ou d’éviter toute émotion difficile. Une relation soutenante est plutôt une relation dans laquelle il est possible d’être vrai, de demander de l’aide et de ne pas devoir constamment paraître disponible ou heureux.
Parfois, le rituel de soin le plus important n’est pas une activité. C’est une conversation.
Le regard Art‑Massage : prendre soin du corps sans chercher à le corriger
Le corps est souvent approché comme un problème à résoudre.
Il faudrait supprimer ses tensions, augmenter son énergie, améliorer sa posture, faire disparaître sa fatigue ou retrouver rapidement un état considéré comme normal.
Cette logique peut entrer jusque dans les pratiques de bien-être. Le massage devient alors une réparation obligatoire, l’étirement une correction et le repos une stratégie pour redevenir productif.
Chez Art‑Massage, nous préférons envisager le soin de soi comme une manière de renouer avec le corps sans lui demander immédiatement de changer.
Poser ses mains sur ses épaules fatiguées, masser lentement ses pieds ou prendre conscience du contact avec le sol ne produit pas nécessairement un effet spectaculaire. Ces gestes peuvent toutefois créer un moment de rencontre avec ce qui est déjà présent.
Le toucher devient une forme d’écoute.
Il ne cherche pas à diagnostiquer la sensation ni à lui attribuer une signification cachée. Il permet simplement de percevoir une zone tendue, une chaleur, un besoin de mouvement ou l’envie de ne pas être touché aujourd’hui.
Cette dernière possibilité est importante. Prendre soin de soi peut également signifier respecter son besoin de distance.
Recevoir un massage professionnel peut s’inscrire dans cette démarche lorsque la personne en ressent le désir. La séance offre alors un espace où elle n’a rien à produire et peut laisser quelqu’un d’autre prendre temporairement soin du cadre. Comme nous l’expliquons dans notre article sur le toucher thérapeutique, la valeur du toucher dépend autant de la présence, du consentement et de l’écoute que de la technique employée.
Pour certaines personnes, une approche enveloppante sera particulièrement appropriée. Pour d’autres, une technique plus structurée, comme celles présentées dans notre guide du massage suédois, correspondra davantage à leurs attentes.
Il n’existe pas un rituel universel qui conviendrait à tout le monde.
Le bon soin est celui qui respecte la personne réelle, son état du moment et les ressources dont elle dispose.
Construire un rituel qui vous appartient vraiment
Avant d’ajouter une nouvelle habitude, il peut être utile de partir de votre quotidien actuel.
Repérez d’abord un moment où la tension s’accumule régulièrement : au réveil, entre deux rendez-vous, après le travail ou avant le coucher.
Demandez-vous ensuite ce qui manque à cet instant. Est-ce du silence? Du mouvement? Une collation? Une transition? Une présence humaine? Quelques minutes sans sollicitation?
Choisissez enfin un geste suffisamment petit pour pouvoir être répété sans bouleverser toute votre organisation.
Il peut s’agir de sortir quelques instants, de préparer le repas suivant avant d’être épuisé, d’écrire une phrase dans un carnet, d’écouter une musique, de poser le téléphone ou de rester simplement assis sans chercher à rentabiliser ce temps.
Essayez ce geste pendant quelques jours, puis observez.
Vous aide-t-il réellement? Est-il adapté à votre rythme? Devient-il une contrainte? Avez-vous besoin de le modifier ou de l’abandonner?
Un rituel n’est pas un contrat.
Il peut évoluer avec les saisons, le travail, la santé et les étapes de la vie. Ce qui vous soutenait autrefois peut ne plus vous convenir aujourd’hui. Renoncer à une habitude devenue inutile n’est pas un échec. C’est parfois une preuve d’écoute.
Prendre soin de soi n’est pas réussir à tout équilibrer.
C’est revenir assez souvent vers soi pour remarquer quand quelque chose demande davantage d’attention.
Prendre soin de soi pour continuer à être présent
Le soin de soi n’est ni une récompense, ni un luxe réservé aux journées calmes.
Il est une manière de préserver sa capacité à vivre, travailler, créer des liens et accompagner les autres sans disparaître derrière leurs besoins.
Certains jours, il prendra la forme d’une promenade, d’un repas préparé avec attention ou d’un moment de toucher. D’autres jours, il consistera à annuler, consulter, demander de l’aide ou ne rien ajouter du tout.
Il ne s’agit pas de devenir parfaitement reposé, disponible et serein.
Il s’agit de ne pas attendre l’épuisement pour reconnaître que nous faisons, nous aussi, partie des personnes dont il faut prendre soin.
Questions fréquentes sur les rituels de soin de soi
Combien de temps faut-il consacrer chaque jour au soin de soi?
Il n’existe pas de durée idéale. Quelques minutes peuvent être utiles si elles répondent à un besoin réel. La régularité et l’adaptation comptent souvent davantage que la longueur du rituel.
Une routine matinale est-elle indispensable?
Non. Certaines personnes apprécient une routine matinale, tandis que d’autres disposent de plus d’espace à un autre moment. Un rituel doit s’adapter à la vie de la personne, et non l’inverse.
La méditation convient-elle à tout le monde?
Non. Certaines personnes la trouvent apaisante, tandis que d’autres se sentent inconfortables lorsqu’elles restent immobiles ou ferment les yeux. Marcher, créer, écouter de la musique ou simplement observer son environnement peuvent constituer d’autres formes de présence.
Recevoir régulièrement un massage est-il nécessaire pour prendre soin de soi?
Non. Le massage est une possibilité parmi d’autres. Sa fréquence dépend des besoins, des préférences, de la santé et des ressources de chacun. Il ne doit jamais devenir une obligation financière ou personnelle.
Quand les rituels de bien-être ne suffisent-ils plus?
Lorsqu’une fatigue, une douleur, une détresse émotionnelle ou une difficulté de sommeil persiste ou perturbe la vie quotidienne, il est préférable de demander l’avis d’un professionnel compétent. Chercher de l’aide fait pleinement partie du soin de soi.
Pour aller plus loin
Prendre soin de soi devient particulièrement important lorsque l’on souhaite faire de l’accompagnement un métier. Notre guide consacré au projet de devenir massothérapeute aborde la formation, la posture professionnelle et les réalités d’un métier fondé sur le toucher.
À propos d'Art-Massage
Art-Massage est une école de massothérapie en ligne et en présentiel depuis 2009, dédiée à une approche profonde, sensible et professionnelle du toucher. À travers ses articles, ses formations et ses contenus audio, Art-Massage partage une vision incarnée du bien-être, du corps et de la relation d’aide.
France-Hélène
Massothérapeute depuis 1993 et enseignante depuis 1996, France-Hélène transmet une approche du massage fondée sur l’écoute, la présence et la qualité du toucher. Cofondatrice d’Art-Massage, elle accompagne depuis plus de trente ans les personnes qui souhaitent faire du massage un véritable art du soin.
Paul
Après avoir entrepris des études de médecine, Paul devient podiatre-podologue et réflexologue en 1997. Fondateur et enseignant chez Art-Massage, il met son expérience du corps, du soin et de la pédagogie au service d’une vision humaine et exigeante de la massothérapie.



